Revenir à l'analyse des causes de la délinquance

Laurent Mucchielli :

"Nous parlons ici des groupes d'adolescents des quartiers populaires impliqués occasionnellement dans la délinquance.
Les recherches montrent que, outre la proximité affective et géographique, le facteur-clé dans la constitution de ces groupes est l'échec scolaire.
La première des préventions est donc là.
Quant à la sortie de la délinquance pour ces jeunes, elle est conditionnée par l'insertion sur le marché de l'emploi.
Seul un travail assorti d'un vrai salaire permet en effet à un jeune d'accéder au logement et de s'installer en couple.
Enfin, entre le début et la fin des problèmes, un travail social de grande ampleur, y compris dans les prises en charge judiciaires et une vraie police de proximité seraient de bons outils.
Or rien de tout cela n'est à la hauteur des problèmes aujourd'hui.

Que sait-on des bandes que M. Sarkozy définit comme une "mosaïque de tribus" ?

Le chef de l'Etat utilisait déjà ce langage lorsqu'il était ministre de l'intérieur, notamment au moment des émeutes de 2005.
Ce ne sont pourtant que des formules qui sont malheureuses, car elles ethnicisent les problèmes sociaux, et qui traduisent une méconnaissance du phénomène.
Du groupe de copains qui "tient les murs" le soir au bas des immeubles en fumant des joints jusqu'à la bande de braqueurs de banque, tout est appelé bandes et délinquance.
Le bon critère n'est pourtant ni le regroupement ni la commission d'infractions.
Les véritables bandes délinquantes s'organisent autour d'une activité et d'une finalité délinquantes.
En termes juridiques, ce sont donc des associations de malfaiteurs, qui relèvent du travail de la police judiciaire.
Beaucoup plus nombreux sont les groupes que l'on évoquait dans la question précédente, qui pratiquent à l'occasion de la délinquance mais n'ont pas de véritable organisation et dont la composition est fluctuante.

Pourquoi les bandes sont-elles devenues la grande peur de la société contemporaine ?

Les regroupements de jeunes ont toujours fait peur, ils ont la force du nombre et paraissent incontrôlables. Au début du XXe siècle, c'étaient les Apaches, dans les années 1960, les blousons noirs, puis les loubards et les zonards.
Aujourd'hui, ce sont les "jeunes des cités" qui ont la particularité d'avoir le plus souvent la peau colorée, ce qui renforce la peur du fait des caricatures qui tiennent généralement lieu d'analyse sur leurs "origines" et sur l'islam.
Mais si ces peurs persistent, c'est aussi à cause de certains politiques qui cherchent à exploiter les faits divers, et de certains journalistes qui s'y précipitent dans une logique sensationnaliste, comme ces derniers jours."


Le Monde
24.03.09




Article ajouté le 2009-03-24 , consulté 14 fois

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